Les Malheurs de Bernard Baret
 
 
 
Les faits présentés ici sont ceux décrits par le prêtre pour défendre sa cause, il s’agit donc ici de sa version des faits...
 
L’Arrivée à la Cure
 
Prêtre & curé de la Salle en Beaumont, il avait été auparavant « affez heureux dans tous les endroits où il a été », vivant « sans plainte & sans reproche, mais avec approbation & édification ».
 
Ayant reçu la cure de la Salle, les habitants tentêrent de l’empêcher de s’y établir : « ils furent longtemps sans lui vouloir remettre les clefs de l’Eglise ny de la maison Curiale ». La communauté n’ayant pas de prétexte pour s’en défaire, « ils résolurent de l’engager dans des procédures criminelles, & pour cet effet de luy tendre des pièges pour le surprendre & le faire paroître coupable ».
 
Parmi les principaux adversaires du notaires, on retrouve les notaires Jean BERNARD & Louis LAURENS, ainsi que Jean MIARD, Pierre CHABERT & Antoine GRAIL.
 
Les Procédures

 

Les habitants signèrent alors un concordat « pour former opposition à l’établissement en ladite Cure » de Bernard BARET. A la suite de ce concordat, ils entamèrent une requête contre leur curé auprès de l’évêque de Gap, qui rejetat leur requête. Alors, « s’étant attroupez la nuit, les hommes mêlez avec les femmes, armez d’armes à feu, vinrent à la maison Curiale, dans le deffein de luy joüer un mauvais tour, tirerent plusieurs coups de fusil, & de rage arracherent tout ce qui étoit planté dans son jardin ».

 
Les habitants tentèrent ensuite un procès criminel en l’Officialité de Gap sous le nom du « Promoteur » ( ?), pour pouvoir se rendre témoins eux-mêmes. Au mois de juillet 1682, le Promoteur, l’Official & son greffier vinrent loger chez le nommé LAURENS des Souchons, « ennemy declaré » du prêtre. On procéda à des informations contre Bernard BARET, « mais avec si peu de ménagement, que non seulement on fit oüir pour témoins tous ceux qui s’êtoient declarez dans l’acte d’opposition & dans la requeste donnée contre luy à Monsieur l’Evêque de Gap ... mais Pierre CHABERT, l’un desdits témoins eut l’impudence de declarer dans sa déposition qu’il pretendoit se declarer partie ». Cette conduite « détruiffoit la foy d’une procedure si irreguliere ».
 
Le Piège
 

Le 7 décembre 1682, le prêtre étant « fatigué du chemin qu’il avoit fait dans un temps fort rigoureux, on l’attira dans la maison d’Antoine PELISSIER, où Jeanne FAURE sa femme & Jean PELISSIER son frère l’engagèrent à se chauffer & à boire ; & le retinrent longtemps, afin qu’il ne fut pas en état de se retirer à sa Cure, qui étoit éloignée ». Le prêtre se laisse facilement persuader de coucher dans leur maison.

Jean PELISSIER obligea Jeanne FAURE à mettre des draps blancs dans le lit où l’on voulut faire coucher le prêtre. Le prêtre « s’étant mis au lit, il s’endormit, croyant d’être dans un lieu de seureté ».
 
Cependant, Jean PELISSIER & Jeanne FAURE « allerent appeller tout le village des Souchons, hommes & femmes, qui, animez comme ils étoient contre le prêtre, coururent avec foule & le traiterent le plus indignement du monde, ne se contentans pas d’exposer leur Curé à la risée publique, plus coupable que les enfans de Noé qui découvrirent la nudité de leur père, mais ils y ajoûterent des cruautez inoüies, ayant porté leurs mains sacrilèges sur la personne de l’oingt du Seigneur ; ils se saisirent de ses habits, volerent ce qu’il avoit dans ses poches & après l’avoir outragé à coups de verges & foüet de cheval, & comme on luy avoit pris jusques à la clef de sa maison, il ne put s’y retirer, ce qui luy causa une maladie dont il faillit à mourir ».
 
Les Procès
 
Les habitants reprirent alors pardevant l’Official les pousuites criminelles abandonnées, & Antoine PELISSIER entama de nouvelles poursuites pour adultère rendant « plus coupable Jeanne FAURE » que l’accusé. Bernard BARET est aussi accusé des faits suivants : « un misérable, appellé Claude MIARD, ... avoit voulu vendre sa propre femme ... & avoit fait le marché pour du pain, du vin & du lard, qu’il a supposé avoir reçu luy-même pour un commerce si infame ».
 
Durant ces poursuites, la conjuration se poursuivait : « sous le pretexte d’une annotation de biens, ils enleverent tout ce qu’il avoit, & qu’il n’a point pû se faire rendre, nonobstant l’Arrest de la Cour du 9 avril 1683 ».
 
Le procès ayant été porté devant la Cour, le prêtre est resté détenu plus de deux années en prison « pendant que ses ennemis ... ont joüy d’une liberté entiere ». Vers 1685, il tenta un nouveau recours devant le Parlement sans que nous en connaissions l’issue.